L'édito de l'Afro Optimisme : août 2010
Le Billet de l’African Dream
Posté le
vendredi 27 août 2010
Le Billet de l’African Dream
Penser « Africain » pour panser l’Afrique :
Plaidoyer pour la création d’un ministère africain chargé du patrimoine
Steve BIKO, leader Sud Africain contre l’apartheid et fondateur du Black consciousness
movement (Mouvement de conscience noire) pensait à juste titre « qu’il ne peut y avoir de
Libération physique sans une Libération psychologique ». Si on recontextualise aujourd’hui
sa pensée, on pourra sans trop nous tromper dire que le développement de l’Afrique ne
passera ni par une aide ni par une assistance occidentale mais uniquement et avant tout par la
volonté des africains. Il ne peut y avoir de développement anhistorique.
L’un des drames aujourd’hui en Afrique est constitué par l’adoption de l’anglais, du français
ou encore de l’espagnol ou du portugais comme langues nationales pour ne citer que les
principales et cela, au détriment de nos langues ancestrales. Or, au-delà de sa dimension
descriptive, nous connaissons tous la force performative de la langue. La langue ne décrit
pas uniquement le monde, elle fait le monde, elle le transforme, elle le modifie.
Sur le plan empirique, la conséquence de tout cela est l’adoption de codes, us et coutumes
occidentaux et son corollaire, la négligence des richesses africaines. Les principales marques
utilisées en Afrique, les principaux produits en Afrique sont tous occidentaux.
La nécessité de « penser africain pour panser l’Afrique » est plus que d’actualité. En effet, la
volonté de certains de réduire l’histoire de l’Afrique à la colonisation et le manque de volonté
politique pour riposter de la manière la plus efficace possible nous amène aujourd’hui à
entendre de la bouche de certains hommes politiques occidentaux des « bienfaits de la
colonisation » et cela, sans aucune conséquence pour ces derniers. Quel homme politique
occidental ose aujourd’hui parler des bienfaits de la shoah, des bienfaits du fascisme ou
encore du nazisme sans mettre en péril sa carrière politique et sans s’attirer les foudres des
grandes institutions internationales? Même si les chiffres sont encore sujets à controverse,
la
colonisation africaine a eu comme conséquence directe une perte en vie
humaine estiméeà plus de 41 millions de morts, soit presque 4 fois la
population sénégalaise. Peut-on parler dans ce cas des « bienfaits
supposés de la colonisation » ? Je vous laisse le choix
d’en juger.
Sur le plan pratique, cette volonté de limiter l’histoire de l’Afrique à la colonisation se
manifeste par la multiplication des discours sur l’immigration et récemment sur la peine qu’on
devra infliger aux français d’origine étrangère commettant une infraction et cela aux mépris
des règles élémentaires du droit international. Qui a dit « deux poids deux mesures ?»
Cette situation est-elle irréversible ? Non. Faut-il pour autant
abandonner ces langues étrangères ? Bien entendu non. Par contre, il est
d’une part urgent de développer et conforter
nos langues nationales tout en incitant d’autre part nos intellectuels
africains à penser africain
et citer avec fierté nos ancêtres. Et même si notre civilisation est en
partie orale, les ressources
existent. Il suffit d’en être conscient et de les développer. Il ne
s’agit pas de nier les écrits
d’auteurs occidentaux, il s’agit tout simplement de valoriser aussi le
patrimoine historique
africain. « Wolof N’Diaye disait : avant de savoir où on va, il faut
d’abord savoir d’où on
vient.». Citer Koth Barma, montrer que l’Afrique est le continent «
inventeur des droits de l’Homme », parler de Chaka Zoulou, de Soundiata
Kéita et j’en passe, ce n’est ni plus ni
moins que permettre aux africains de s’appuyer sur leur propre histoire
comme fondement
pour assoir durablement leur développement.
L’Afrique doit et va entrer dans le siècle naissant avec force et vigueur. Et au-delà des mots,
sa participation ne se fera que si elle s’appuie sur les richesses africaines. Il s’agit donc de
penser Afrique, valoriser l’Afrique, créer et développer les richesses africaines afin d’en faire
des produits avec une valeur internationalement reconnue.
Penser Afrique au sens large et universel du terme sans aucun sectarisme
bien entendu, c’estêtre conscient que sa principale force est dans son
histoire, une histoire qui a existé bien avant
la colonisation. C’est la seule voix possible pour panser l’Afrique.
Aujourd’hui le programme de tout président et futur président africain doit contenir ces
deux propositions incontournables qui sont d’une part la mise en place des conditions
pour la création d’un supra ministère africain de la culture et du patrimoine dont
l’objectif est de rassembler ce qui est épars et d’aller vers la préservation et le
renforcement d’une conscience et d’une histoire communes et d’autre part la création
d’un supra ministère de l’initiative privée et de l’économie ayant pour objectif
d’harmoniser les différentes initiatives locales et développer la richesse du continent en
facilitant la création de grands groupes africains capables de se positionner avec force et
efficacité dans la scène économique internationale. L’Afrique n’est ni anglophone, ni
francophone encore moins lusophone et j’en passe. L’Afrique est africaine. Notre diversité
est notre richesse. Développons-la. Préservons-la. C’est l’enjeu de notre développement. C’est
l’un des défis du 21ème siècle.
Aujourd’hui plus que jamais il ne s’agit pas de déconstruire pour reconstruire mais d’enlever
le voile afin de permettre à l’Afrique de montrer son vrai visage et aux africains qui n’ont
jamais cessé de prendre leur destin en main, de faire connaitre à leur descendance leur vrai
talent. C’est la voie d’une démarche d’ouverture. Montrer au monde mais surtout aux enfants
d’Afrique qu’au « RDV du Donné et du Recevoir de ce que d’aucuns appellent la Civilisation
Universelle et que certains appellent hâtivement la Civilisation Occidentale non pas sans
arrière pensée dominatrice, l’Afrique a donné sa part...et quelle part. ».
Daby POUYE
Président de lapadp
Maitre formateur en marketing à l’IUFM
Chargé de cours de marketing à l’Université et en BTS
Chargé de cours de marketing bancaire et de marketing des services en DEES MA
Pour tout contact : dabypouye@lapadp.com
Prochain article : 50 ans après la décolonisation de l’Afrque, quel bilan ?
Nous sommes entrain de mettre en place un laboratoire d’actions pour le développement
de l’Afrique, alors n’hésitez pas à poster vos propositions.
Le 21ème siècle sera africain.
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